Renouer avec ses racines

Vos témoignages d'adoption, heureux ou malheureux, d'adoptant ou d'adopté.
Baptiste
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Renouer avec ses racines

Message non lu par Baptiste » ven. 4 mars 2016 12:43

Bonjour à tous,

Je m'appelle Baptiste et je suis un enfant adopté. Je ressens aujourd'hui, à 21 ans, le besoin de vous raconter mon histoire. C'est la toute première fois que je m'exprime sur un forum à propos de mon adoption plénière, qui remonte à 1995, alors que j'avais sept mois. Mon témoignage est long, aussi je remercie tous ceux qui auront le courage et la patience de le lire jusqu'à la fin. Et merci également à ceux qui y répondront.

Je suis né à Fortaleza, au Brésil, le 13 juillet 1994, d'une mère brésilienne et d'un père inconnu (l'identité de mon père biologique ne figure pas sur mon certificat de naissance brésilien). Fortaleza est une grande ville littorale au nord-est du Brésil (région du Nordeste) ; plus précisément, c'est la capitale de l'État du Ceará, un État relativement pauvre du Brésil (comparativement aux autres États). Ma mère (biologique) vivait à l'époque à Pacajus, une ville située à une cinquantaine de kilomètres de Fortaleza, et avait déjà deux enfants (un demi-frère et une demi-sœur) ; elle décida de me confier à l'adoption car sa condition de femme de ménage et ses revenus limités ne lui permettaient pas de me nourrir convenablement. Je fus d'abord remis entre les mains d'une nourrice.

Mes parents adoptifs, venant de France, avaient depuis longtemps enterré leur projet d'avoir un enfant, pour des raisons médicales. C'est vers la quarantaine qu'ils ont finalement décidé de se tourner vers l'adoption et de redonner vie à ce rêve de fonder une famille. Ils m'ont tenu pour la première fois dans leur bras en ce fameux jour du 7 mars 1995, et je crois que nous nous sommes immédiatement adoptés. Bien sûr, je n'ai aucun souvenir datant d'avant mon adoption, et donc, pour moi, mes parents adoptifs sont les seuls parents que j'aie jamais connus. Une fois le jugement d'adoption rendu, j'étais officiellement leur enfant et nous sommes retournés en France par la voie des airs (je réalisai ainsi mon baptême de l'air à l'âge de huit mois).

Mes parents ne m'ont jamais caché mon adoption, et je leur en suis si reconnaissant ! Aujourd'hui, je n'arrive pas à comprendre les familles qui cachent cette vérité si importante et si fondamentale à leur enfant adopté en bas âge, ou qui ne la leur révèlent qu'à l'adolescence (ce qui doit être un choc très violent). Dès tout petit bien sûr, je me suis posé des questions sur mon autre maman, sur ma "vraie" maman, celle qui vit au Brésil... Je me demandais si elle m'aimait comme ma maman adoptive, si elle était en bonne santé, si j'allais la revoir un jour, si elle pensait à moi. Ma mère m'a raconté qu'un jour, quand j'étais petit, je lui ai parlé de ma mère biologique avec une certaine tristesse, et qu'elle m'a répondu : "Baptiste, toi tu as quelque chose que les autres enfants n'ont pas, tu as la chance d'avoir deux mamans, c'est une chance extraordinaire, et lorsque ta maman t'a confié à l'adoption, c'était un geste d'amour pour toi, parce qu'elle voulait que tu puisses avoir tout ce qui te manquait là-bas." Et cette phrase a, semble-t-il, illuminé mon visage d'un immense sourire. Par la suite, même s'il m'arrivait de poser des questions sur ma mère biologique, ou sur mes origines, je n'avais plus cette tristesse en moi.

Il y a toujours eu, dans ma chambre, un grand drapeau brésilien au mur, auquel je tiens beaucoup, et dès tout petit, je me suis intéressé au monde qui nous entoure, à la vie, à l'univers, mais aussi... à la géographie. Je me souviens encore de ces après-midi avec ma mère, à regarder une carte du monde, à lui demander de me parler des différents pays du monde, à découvrir leur drapeau. Et je me souviens aussi de mon tout premier atlas ainsi que du globe terrestre lumineux, qui est encore aujourd'hui dans ma chambre, tourné du côté du Brésil. Mes parents et moi sommes retournés au Brésil quand j'avais cinq ans, cette fois-ci dans la région du Mato Grosso do Sul, à Campo Grande, pour l'adoption de Lucas. Lucas avait cinq ans quand il fut adopté (nous avions deux mois et demi d'écart), il s'agissait donc d'une adoption bien différente, et beaucoup plus compliquée. Lucas parlait portugais, et il a donc fallu qu'il s'adapte à son nouveau pays, en commençant par apprendre sa langue. Ce qui m'a toujours étonné est que, d'une part, il ait appris si vite à parler français, et que, d'autre part, il ait fini par oublier le portugais, comme effacé de sa mémoire. J'ai toujours regretté cela car j'aurais aimé qu'il me l'apprenne.

La vie avec Lucas n'était pas facile, et mes parents ont eu d'énormes difficultés avec lui, ayant recours, au fil des années, à des psychologues, à des psychiatres, à des assistantes sociales... Lucas avait un comportement très problématique, autant à la maison qu'à l'extérieur, ne supportant pas la contrainte. Cela était sans doute dû aux multiples blessures psychologiques dues à son enfance difficile dans un orphelinat au Brésil. Bien sûr, Lucas savait qu'il était un enfant adopté, il savait qu'il était aimé tout autant que moi, et qu'il était mon frère (vous comprendrez pourquoi je parle au passé). Seulement, son histoire était particulièrement difficile : ses parents biologiques étaient alcooliques et drogués, et se sont vus retirer l'autorité parentale par décision de justice pour cause de négligence envers leurs propres enfants. Lucas avait par ailleurs connu deux adoptions ratées avant de devenir mon frère. Mes parents ont donc décidé de ne pas trop aborder le sujet avec Lucas, pour ne pas le perturber, ou en tout cas, de ne pas trop entrer dans les détails, sans pour autant inventer une fausse histoire, ce qui aurait été malhonnête. C'est seulement bien plus tard que ma mère a ouvert avec Lucas les cartons contenant tous les documents relatifs à son adoption et lui a lu le récit complet de son histoire. Avec Lucas, j'ai compris que cette "chance extraordinaire" que j'avais, celle d'avoir deux mamans, ne venait pas uniquement du fait que j'étais adopté, mais venait du fait que mon histoire était une histoire d'amour pour son enfant, ce que Lucas n'avait pas eu...

Pendant une grande partie de mon enfance et de mon adolescence, bien que percevant comme un fil invisible me reliant au Brésil, me sentant brésilien au fond de mon cœur et étant fortement attaché à ma nationalité brésilienne (car oui, j'ai certes deux mamans, mais j'ai aussi deux pays, et c'est aussi une chance extraordinaire), je n'ai jamais plus que ça tenté de m'intéresser à la culture de mon pays, à sa langue, à son histoire, à sa politique... J'ai vécu dans une sorte de normalité, comme un enfant ordinaire, avec un petit quelque chose en plus, mais que je ne cherchais pas à exploiter. Mon adoption ne me posait aucun problème d'ordre affectif ou identitaire, j'en avais presque oublié que mes parents était mes parents "adoptifs"... Bien sûr, j'aurais aimé retourner au Brésil, mais mes parents, après le gouffre financier des deux adoptions, n'en avaient plus les moyens et préféraient économiser pour notre avenir (permis de conduire, études) tout en nous procurant une existence confortable au jour le jour. Lorsqu'ils me demandaient si je voulais retourner au Brésil, je leur répondais simplement que je le ferais assurément quand je gagnerais ma vie, et qu'un jour également j'essaierais de retrouver ma mère biologique, mais que je ne le ferais pas avant d'en ressentir le besoin et d'être prêt au fond de moi-même. Je ne savais pas vraiment quand ce moment viendrait.

Parfois, le fait d'être dépendant de nos parents nous pousse, inconsciemment, à projeter comme extérieurs à soi, des désirs qui, en réalité, sont déjà présents en nous sans que nous ne nous en rendions compte. Je n'irais pas jusqu'à appeler cela du refoulement, mais c'est une forme de renvoi à plus tard et d'atténuation d'un désir qui est en vous, mais que vous ne percevez pas dans toute sa vigueur et toute sa signification ("De toute façon, ça n'arrivera pas de sitôt"). Ici, le désir en question, c'était celui de retrouver mon pays, le Brésil, et, dans un autre registre, celui de retrouver ma mère biologique ; un désir mêlé d'appréhension et d'incertitudes, bien évidemment. De questionnement et d'inconnu aussi. Concernant l'adoption, il y a aussi la peur que nos parents ne comprennent pas ou croient qu'on les rejette, cette peur qui, si elle ne va pas jusqu'à rendre le sujet tabou, amène toujours un peu de gravité dans le ton, et la nécessité de bien choisir ses mots, de nuancer et de faire preuve de tact ; cette peur qui me fait toujours hésiter avant de prononcer le mot "mère" au sujet de ma mère biologique lorsque j'en parle à mes parents. Car mes deux mamans sont mes "vraies" mères, mais chacune pour des raisons différentes. De mon côté, je me contentais donc de répondre qu'un jour, je le ferais ; un jour, je ferais le grand voyage...

Je me souviens qu'au collège, au moment de choisir ma seconde langue vivante, j'avais longuement hésité entre l'espagnol et l'allemand (les seuls choix disponibles), et qu'il ne m'était pas venu à l'esprit que l'espagnol pouvait constituer une passerelle vers le portugais et la culture brésilienne. Cela était passé complètement à côté de mon esprit, peut-être à cause de la propagande qu'on nous avait faite sur l'allemand. Heureusement, ma mère me l'a rappelé, ce qui m'a permis, au dernier moment, de faire le bon choix. Concernant le portugais, je ne me posais même pas la question de comment et où j'allais l'apprendre... De toute façon, ils ne le proposaient pas... Alors je me disais qu'un jour, je trouverais un moyen. Je repoussais aussi ce désir à plus tard...

Et c'est ainsi que je passais mon adolescence, avec mon racines brésiliennes bien présentes, bien réelles, mais comme endormies, assoupies, et ma vie en France me paraissant être une évidence. Il y a eu des épreuves, dans cette adolescence, heureuses comme malheureuses. Mon frère Lucas a retrouvé sa sœur biologique (l'aînée), puis plus tard son frère, tous deux vivant en France. Au fond de moi, j'ai toujours été un peu jaloux de cela, de cette chance qu'il avait de retrouver sa famille d'origine ; mais je constatais aussi à quel point sa famille avait éclaté, avec le décès de certains de ses frères au Brésil, et le fait que lui, son frère et sa sœur aient quitté le Brésil, chacun à un moment différent. Du point de vue légal, sa famille biologique n'existait plus, elle était pulvérisée, mais dans le cœur (et pas seulement dans les gènes), ces retrouvailles laissaient l'espoir de lui redonner un semblant d'existence, et je trouvais cela formidable. Cela me faisait aussi me rendre compte que les liens du cœur étaient importants, et que, même si je n'osais en parler, si Lucas était mon frère, alors sa sœur était aussi, un peu, ma sœur. On pourrait voir dans cette attitude une façon de compenser le "manque" de ma propre famille biologique, mais je crois sincèrement que les liens du sang, qui m'excluaient, se sont peu à peu transmutés et agrandis en liens du cœur.

Et puis il y a eu le décès de Lucas, qui nous a quittés à l'âge de 17 ans, d'une leucémie ; ce décès qui m'a confronté de très près à la mort, celle qui semble toujours s'acharner sur les autres, et qui touchait mon propre frère, ayant mon âge. Venaient alors les questions existentielles et le deuil qui accompagnent ces moments de la vie ; tant de personnes chères se sont déplacés lors de ses dernières semaines de vie, et suite à son décès. C'est à cette occasion qu'il a rencontré son frère biologique, et que sa sœur est revenue. Lors de l'enterrement, le cercueil de Lucas a été recouverte du drapeau brésilien, symbole de ce pays qu'il n'a jamais pu retrouver, mais qui représentait tant pour lui ; une musique de Claudinho e Buchecha avait résonné dans l'église. Il avait eu une vie tourmentée, le pauvre, et en même temps si courte. Ma mère s'était d'ailleurs mise à penser qu'il avait vécu sa vie à 100 à l'heure, comme si, inconsciemment, il savait qu'elle ne durerait pas... Quelque temps avant l'enterrement, lors de la veillée funèbre, j'avais confié à la sœur de Lucas mon sentiment profond : j'avais perdu mon frère, mais, d'une certaine façon, il m'avait donné une sœur. Son sentiment à elle était réciproque et elle tenait à ce que je n'en doute pas.

Je me suis plongé dans le travail, car c'était mon année de terminale... J'avais toujours été un excellent élève, premier de la classe, mais je travaillais encore plus, non plus pour être meilleur qu'un autre, mais pour me dépasser moi-même, ce qui me faisait oublier la terrible épreuve de la mort de mon frère. Et les résultats étaient là, à la grande surprise de mes professeurs, qui compatissaient avec ce que je vivais. J'étais face à une des décisions les plus courageuses de ma vie... Demander une classe préparatoire de mathématiques à Paris, en internat, ce qui m'éloignerait fortement de mes parents, expérience que je n'avais jamais connue ni souhaitée par la passé, ayant une relation très fusionnelle, notamment avec ma mère. Mais j'ai pris mon courage à deux mains, et lorsque ma candidature fut acceptée, je me suis lancé dans cette aventure, avec un peu d'appréhension, un grand pincement au cœur mais aussi beaucoup de bonheur. Je ne vous cache pas que les deux premières semaines, j'ai eu des accès de larmes, seul dans ma chambre, du fait de me retrouver si loin de mes parents, et d'être face à un avenir, qui, pour la première fois, me paraissait si ouvert, si imprévisible... Le grand chaos de la vie. On était loin du confort du collège et du lycée, ou l'on rentre à la maison le soir, et où l'on sait que, l'an prochain, si on travaille bien, on passera dans la classe supérieure. L'avenir alors paraissait fixe et stable. Maintenant, c'était différent. Alors, oui j'ai pleuré, mais ces larmes étaient saines.

Trois années passeront, trois années pendant lesquelles je me consacrerai à mes études et à ma vie amoureuse, avec une idée fixe en tête : devenir professeur de mathématiques. Pendant ces 3 années intenses, le Brésil me sortira presque de l'esprit... Et pourtant, il a bien essayé de se manifester en moi. C'est en effet pendant cette période que j'ai (re)pris conscience que j'étais aussi brésilien, et souhaitant que ma nationalité se traduise par autre chose qu'un simple certificat de naissance, j'ai tenté de me renseigner, pour savoir quelles démarches je devais entreprendre pour que mes papiers soient à jour et pour que je sois en règle vis-à-vis du service militaire. Malheureusement, j'étais trop pris par mes études pour prendre le temps d'aller traduire et étudier ce qui était écrit sur le site du consulat (dans un portugais que je n'avais encore jamais pratiqué), et pour avoir le courage de faire les démarches. Par ailleurs, ma mère m'avait embrouillé et démotivé avec ses hypothèses obscures sur ce qu'elle avait cru commencer à (mal) comprendre à propos du service militaire, agitant l'idée - fausse - selon laquelle je serais obligé de le faire si je voulais y retourner un jour, à moins de faire des démarches compliquées tous les ans (les mamans s'inquiètent parfois tellement pour leurs enfants qu'elles inventent souvent des scénarios catastrophes). Alors je remettais là encore mes désirs à plus tard, à l'image de mes désirs d'adolescent. Quelque part, pour une raison difficile à saisir, je n'étais pas prêt.

Puis vint mon premier gros dépit amoureux, en août 2015, me laissant dans un désarroi certain et faisant s’écrouler de nombreux projets. Vint également cette première année de master, en septembre 2015. C’est une année de concours, puisque je passe bientôt le Capes, en avril 2016. C'est pendant cette année que j'ai été confronté à mes premiers stages en lycée, à la réalité du monde professionnel, mais également à la réalité prochaine de mon autonomie financière. On ne dirait pas, mais cela représente beaucoup dans une vie, et cela peut vous changer la psychologie d'un homme. Pour la première fois, il m'est venu à l'idée qu'un voyage au Brésil n'était plus une idée abstraite, projetée dans un avenir lointain et flou... Ce voyage devenait possible concrètement. Et pas qu'un seul voyage, car il devenait évident pour moi que le Brésil deviendrait une destination régulière, une sorte de deuxième chez-moi. Et l’idée de retrouver ma mère biologique est revenue. Je n'avais jamais perçu les choses avec autant d'enthousiasme et de clarté jusqu'alors... C'est également depuis cette année que j'ai une relation plus proche avec "ma" sœur (la sœur de Lucas), que je viens voir régulièrement sur Nantes, où elle habite avec son compagnon, et son fils de 8 ans (que je vois comme mon neveu, et qui m'appelle "tonton"). J'ai le sentiment d'avoir agrandi la famille, et je me sens bien avec elle (tout comme avec mes parents). Nous avons des discussions profondes, le genre de discussions que j'aime, et elle me parle du Brésil, et de sa propre histoire. Tout cela a contribué à réveiller ma brésilianité.

Pour autant, je me suis senti français, profondément français, pendant les attentats de janvier 2015 et de novembre 2015, ayant participé à la marche de 11 janvier à Paris, avec des amis, et ayant mis un drapeau français à ma fenêtre. Je savais (et je sais toujours) ce que représente la France, quelles sont ses valeurs, et je me les approprie parfaitement. Je ne doute pas de mon attachement à la France, et de mon lien avec elle, bien que le climat social soit très mauvais, et que la peur de l’autre, et notamment des étrangers, soient exacerbée… Quelle ne fut pas cependant ma surprise lorsque j’entendis parler, dans les hautes sphères politiques, de déchéance de la nationalité pour les binationaux. Sans vouloir entrer dans un débat qui n’aurait pas sa place ici, au niveau personnel, je l’ai pris comme un coup de fouet. Me rendant compte que beaucoup de gens ne voyaient pas la richesse que peut apporter le fait d’avoir deux nationalités (ou plus), j’ai eu peur qu’on m’oblige un jour à choisir, et cela je n’en serais pas capable. Je ne saurais renoncer à mon lien fondamental avec le Brésil qu’est ma nationalité, à cette « chance extraordinaire » d’avoir deux pays. Le Brésil est et reste mon pays et il l’a été avant même que je sois adopté, avant même que je sois français.
J’ai réellement eu peur, et c’est cela qui a constitué un vrai déclic. J’ai pris conscience, pour la première fois, de l’amour que je portais à mon pays que pourtant, je connaissais peu. Il a suffi pour cela qu’on envisage de toucher à une des seules choses que le Brésil m’avait laissée, en-dehors de mon patrimoine génétique, à savoir l’idée que je suis demeuré un enfant du Brésil, et un citoyen de ce pays. J’ai immédiatement cherché à faire les démarches que je n’avais pas eu le courage de faire pendant les 3 années précédentes, et en un mois, tout fut réglé, j’obtenais mon passeport, mon certificat d’affiliation aux listes militaires, ma demande de dispense à vie du service militaire, et ma demande d’obtention de ma carte d’électeur (toujours en cours). J’avais alors comme le sentiment d’avoir fait quelque chose d’important pour moi, porteur de sens, et j’étais également rassuré de voir que ma situation au Brésil était régularisée et que je pourrais y retourner sans problème.

J’ai mis sur le mur de mon appartement à Paris un drapeau brésilien surmonté d’un drapeau français, pour montrer mon attachement à mes deux pays, un peu comme le drapeau qu’il y a dans ma chambre, dans la maison de mes parents. Par ailleurs, j’ai décidé, pour la première fois, de commencer l’apprentissage du portugais, en combinant les leçons disponibles sur Babbel, la méthode Assimil et depuis peu en discutant avec des Brésiliens apprenant eux-mêmes le français. Je me demande pourquoi je n’y avais pas pensé plus tôt… Peut-être par manque de temps… Peut-être aussi car je n’avais pas la même motivation, les mêmes raisons de le faire. Et en seulement deux mois, ne relâchant pas mes efforts, ma progression a été fulgurante, me laissant augurer d’une bonne maîtrise d’ici peu de temps. Je commence à aimer cette langue, à aimer la pratiquer, l’écouter, y apprendre des mots nouveaux et de nouveaux points de grammaire. C’est une langue bien plus proche du français qu’on ne se l’imagine, et cousine de l’espagnol.

Je me suis également rapproché, via les réseaux sociaux, de pages brésiliennes, notamment celles des municipalités de Fortaleza et de Pacajus, ce qui me permet de lire quotidiennement du portugais, d’avoir une fenêtre sur la vie là-bas et parfois de réagir en publiant mon propre commentaire et en discutant avec des internautes. Je me sens beaucoup plus proche de mon pays qu’avant, et je pense que ce n’est encore qu’un timide début. J’ai finalement fait part à mes parents de ma volonté nouvelle et grandissante de m’installer là un jour, au moins provisoirement, par exemple en tant que professeur dans un lycée français, voire définitivement si j’en l’opportunité et l’envie. Bien sûr, je ne prétends avoir de plan parfait pour m’y installer, j’ignore presque tout de la façon dont j’y gagnerai ma vie, des rencontres que j’y ferai aussi ; mais au fond de moi j’ai l’espoir que cette idée mûrisse avec le temps, et du temps, je compte bien m’en accorder. Évidemment, si mes parents approuvent l’idée que je m’y installe momentanément, l’idée que j’y fasse ma vie pour de bon ne les enthousiasme guère, du fait de l’éloignement géographique. Mais si cette idée est dure à avaler, il est important pour moi qu’ils la comprennent, même si elle ne se concrétise pas, qu’ils comprennent ce désir qui est en moi, non pas seulement de revoir mon pays (car il est évident que je le reverrai), mais de m’y imprégner de la vie, voire, si le besoin s’en fait ressentir, de m’y installer définitivement. Et je pense qu’ils ont compris (car ce sont des parents extraordinaires). Malgré tout, j’ai l’impression d’être un cas à part.

Vouloir retourner vivre au Brésil quand on est un enfant adopté, est-ce un désir normal ? Cela ne signifie-t-il pas plutôt que quelque chose a été raté dans ma construction, dans mon adoption ? Je refuse de croire cela, et j’estime être une personne bien construite, avec des désirs tout à fait compréhensible. Je me dis qu’après tout, si la vie y était aussi simple qu’en France, ou s’il suffisait d’une heure d’avion pour y aller, on ne chercherait pas tant à m’en dissuader. Pourtant, au fond de moi, je me dis que si d’autres, qui ne sont pas tous nés au Brésil, qui n’ont pas tous la nationalité, partent s’y installer, alors pourquoi pas moi ? Je connais bien un ami passionné de culture asiatique et qui a pour projet de s’installer en Thaïlande, alors même qu’il n’a absolument aucun lien avec ce pays… Donc au fond, je sais que mon projet est réalisable, bien que rempli d’embûches et de difficultés, je sais aussi qu’il n’est pas fou, seulement est-il légitime ? En réalité, je me sens aussi brésilien que français, et il se trouve que j’ai trop vécu comme un français, et qu’aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir délaissé mon pays, le Brésil, d’avoir négligé mes origines et mon côté brésilien.

Par ailleurs, je vois le Brésil comme mon pays naturel, et je me suis souvent demandé dernièrement à quoi aurait ressemblé ma vie si ma mère biologique avait eu les moyens de m’élever ? Retourner au Brésil serait une façon de boucler la boucle ; ma mère biologique m’ayant donné la chance de grandir en France, il viendrait un moment où, adulte, je reviendrais dans mon pays natal, comme un retour vers la terre des ancêtres qui attend depuis toujours notre retour. « Je t’attends, le Brésil t’attend les bras ouverts », m’a d’ailleurs dit une amie brésilienne, lorsque je lui confiais que je faisais faire mes papiers… Une phrase qui m’a énormément touché. Oui, je ressens l’appel du Brésil. Un désir n’a, par définition, rien de rationnel, un désir tend toujours un peu à idéaliser, mais ce dessein fait sens pour moi, me fait me sentir beaucoup plus à l’aise avec moi-même. Je suis tout à fait conscient que ce désir peut changer avec le temps, qu’il se peut que j’en ai plus envie, ou que le fait peut-être de m’installer d’abord provisoirement au Brésil puisse annihiler, ou au contraire renforcer, mon désir d’y faire ma vie définitivement. Il est possible que cela me demande trop de sacrifice, que l’éloignement vis-à-vis de mes parents adoptifs et de la France soit trop lourd à porter et que je préfère rester pour être auprès d’eux et d’un pays que je connais mieux et que j’apprécie. Tout cela ne demande qu’à être préparé et mûri en temps voulu.

D’ailleurs, ma mère biologique, m’a-t-elle réellement aimé ? Sincèrement, je pense que oui, mais parfois je me dis que, si j’étais aimé, je n’étais peut-être pas désiré. Et qui est donc mon père ? J’aimerais pouvoir comprendre tout cela, pouvoir la retrouver et lui demander toutes ces choses. Mon plus grand désir serait de pouvoir retrouver un semblant de relation mère / fils avec elle, et de connaître ma fratrie, sans que cela ne remette en cause mes liens avec mes parents adoptifs. Car au fond de moi, je ne cherche pas à remplacer quoi que ce soit, je cherche à remplir un vide qui a toujours été présent à côté de plein d’amour et de confort que j’ai toujours ressenti en France. Aujourd’hui, le Brésil est le parent pauvre de cette équilibre, et j’ai envie de retrouver cette harmonie, une quête mythologique car je n’ai connu cette stabilité à aucun moment de mon existence passée.

Et voilà où j’en suis aujourd’hui. Je souhaitais partager avec vous le témoignage de ma vie passée, mais également mes interrogations du moment, savoir ce que vous en pensez. Peut-être que d’autres parmi vous ont également ce souhait de retourner dans leur pays d’origine, sans savoir forcément comment s’y prendre. J’aimerais me sentir un peu moins seul et discuter aussi avec ceux qui ont une expérience différente. Parler avec d’autres enfants adoptés ou leurs parents. Merci !

Baptiste

chrischris
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Re: Renouer avec ses racines

Message non lu par chrischris » ven. 4 mars 2016 14:19

Bonjour,

Je vous remercie pour ce long témoignage. Vous semblez déjà savoir ce que vous voulez et où vous voulez aller. C'est un point positif.

Peut-être, si vos moyens vous le permettent, pourriez-vous d'abord effectuer un court voyage (2 ou 3 semaines) pour avoir un premier contact avec votre pays de naissance ?

Et si vous pensez que vous pourriez y vivre, tentez de vous installer une première année. Seul cet "essai" vous permettra de réaliser si vous seriez capable de vous installer là-bas pour une durée plus longue.

Je vous souhaite bonne chance dans la recherche de vos origines

Baptiste
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Re: Renouer avec ses racines

Message non lu par Baptiste » ven. 4 mars 2016 15:52

Bonjour Chrischris,

Merci beaucoup pour votre réponse. Je suis heureux d'avoir un avis et des conseils venant de l'extérieur. Oui, effectivement, j'ai bien l'intention d'effectuer un, et même plusieurs courts voyages, avec et aussi sans ma famille d'adoption, au cours des prochaines années. Je pense que mon projet a besoin de maturité, et votre idée d'essayer de m'y installer une première année me semble très intéressante. Je garde ce conseil dans un coin de ma tête.

Je vous remercie encore.

chrischris
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Re: Renouer avec ses racines

Message non lu par chrischris » ven. 4 mars 2016 16:03

Baptiste a écrit :Bonjour Chrischris,

Merci beaucoup pour votre réponse. Je suis heureux d'avoir un avis et des conseils venant de l'extérieur. Oui, effectivement, j'ai bien l'intention d'effectuer un, et même plusieurs courts voyages, avec et aussi sans ma famille d'adoption, au cours des prochaines années. Je pense que mon projet a besoin de maturité, et votre idée d'essayer de m'y installer une première année me semble très intéressante. Je garde ce conseil dans un coin de ma tête.

Je vous remercie encore.

L'idée vient de vous :D Je vous cite : "J’ai finalement fait part à mes parents de ma volonté nouvelle et grandissante de m’installer là un jour, au moins provisoirement,"

Baptiste
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Re: Renouer avec ses racines

Message non lu par Baptiste » ven. 4 mars 2016 16:14

Vous avez raison :D Mais un conseil fait toujours plaisir à entendre venant de quelqu'un d'extérieur ;) Ecrire mon témoignage m'a fait en tout cas beaucoup de bien.

Patricia01
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Re: Renouer avec ses racines

Message non lu par Patricia01 » ven. 4 mars 2016 18:32

Merci pour ce très beau témoignage.
Il est plutôt naturel pour un enfant adopté d'avoir envie de connaître son pays d'origine (même si certains n'en ressentent pas le besoin), et vous avez l'air très au clair dans votre tête avec votre histoire et votre situation actuelle. Je rejoins le conseil précédent : allez-y progressivement, d'abord pour un voyage d'agrément. C'est un pays tellement différent d'ici, tellement loin de vos habitudes, qu'il faut prendre le temps de le connaître.
Et l'idée d'y aller pour une mission de 2-3 ans (je ne sais plus la durée habituelle) comme prof de maths dans un lycée français là-bas me semble une bonne option, pour apprendre à bien le connaître de l'intérieur. Vous vous rendrez alors mieux compte de votre sentiment d'appartenance à la France et/ou au Brésil, de votre volonté de vivre dans l'un ou l'autre pays. Peut-être que vos racines françaises seront les plus fortes (vous avez ici une famille tout de même, ça n'est pas rien ! Et un aller-retour là-bas coûte si cher que l'éloignement n'est pas simple à vivre), ou peut-être que ce sera l'envie de renouer avec vos racines... Il n'y a qu'en le vivant que vous le saurez.

PS : Il n'est pas surprenant que cette histoire de déchéance de nationalité vous ait touché. Ça n'est pas pour rien qu'EFA s'est officiellement prononcée contre cette idée...
PS2 : Bon courage pour le CAPES (je suis prof de maths... et je passe cette année l'agreg interne 17 ans après le CAPES, ça n'est pas simple !)
Patricia, maman de deux petites filles chocolat et miel (Ethiopie/Vietnam) de 12 et 8 ans

Baptiste
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Re: Renouer avec ses racines

Message non lu par Baptiste » ven. 4 mars 2016 19:47

Patricia, votre petit mot me touche beaucoup. Vous et Chrischris comprenez bien ma situation et vos conseils bienveillants me sont précieux. Pour résumer ce que vous avez dit tous les deux : "il faut le vivre pour en avoir le coeur net".

P.-S. : Je ne pensais pas rencontrer une prof de maths, comme quoi le hasard fait bien les choses :) Je vous remercie pour les encouragements pour le CAPES, aucun concours n'est évident, mais il me faudra également valider mon master en deux ans.

gagatte
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Re: Renouer avec ses racines

Message non lu par gagatte » sam. 5 mars 2016 22:58

Ma fille adoptée n'a qu'une nationalité, ce qui n'enlève rien au lien particulier qui l'unit à son pays de naissance. Nous pensons retourner avec elle là-bas vers ses dix/douze ans, pour éviter une certaine idéalisation, qui peut empêcher de s'ancrer dans la vie ici et maintenant.
Mon mari est d'origine étrangère, il est allé pour la première fois dans son pays d'origine à trente ans. Même impression que dans beaucoup de récits d'adoptes (notamment sur la Voix des adoptés) : en même temps sentiment agréable d'être entouré de gens qui vous ressemblent physiquement, mais aussi un sentiment d'étrangeté, difficultés à se comprendre, langue, culture et mentalités différentes.
Je ne dirai pas à ma fille que sa mère l'a abandonnée "par amour" parce que je ne le sais pas.
Bon c'est un peu décousu, mais ce sont les pensées qui me sont venues à la lecture de ton histoire. Je te souhaite plein de bonnes choses, personnelles et pour tes études.
mariée, trois enfants

Baptiste
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Re: Renouer avec ses racines

Message non lu par Baptiste » dim. 6 mars 2016 11:04

Bonjour Gagatte,

Merci pour votre contribution. Vous avez raison de dire qu'on idéalise toujours un peu et qu'il m'aurait sans doute été bénéfique de retourner au Brésil durant mon adolescence, cela m'aurait fait du bien et m'aurait donné quelques souvenirs supplémentaires de mon pays, même si cela n'aurait pas forcément eu d'impact sur ma démarche actuelle qui est plus profonde :-) Cela dit, comme vous avez pu le lire, j'envisage d'y effectuer quelques voyages (tout en essayant de retrouver ma famille biologique) et plus tard de m'y installer provisoirement dans le cadre d'une mission de l'Éducation nationale :-) Je pense que tout cela m'aidera à avoir une vision claire de mon pays, et donc nécessairement moins jolie, sans que ça signifie pour autant que je vais forcément vouloir rentrer ou ne pas vouloir y faire ma vie.

Je ne pense pas pour autant que l'envie de retourner vivre au Brésil soit le symptôme d'un manque d'ancrage en France et encore moins dans ma famille adoptive. Je suis très attaché à mes parents, d'ailleurs cela me fait mal d'envisager m'éloigner autant d'eux, cela me culpabilise aussi. Mais au moment où je vous écris, ce projet a trop d'importance pour moi, ce qui me donne le courage et la volonté nécessaires.

Je me sens chez moi en France, je connais la France, mais mon envie de Brésil - et de m'y sentir chez moi - est plus forte.
Je n'envisage pas d'y retourner pas pour avoir une vie plus prospère qu'en France, ou plus facile, je suis bien conscient que la vie y est plus dure. Je ne suis pas un immigrant économique ^.^ Mais ce que je recherche, c'est surtout de pouvoir m'épanouir et me fondre dans cette culture, dans cette langue, dans ce pays que je rêve de vivre de l'intérieur, et pas simplement d'y aller le temps d'un voyage comme un simple touriste (et là ma nationalité et le fait de me sentir brésilien me sont primordiaux) ; c'est aussi de renouer avec mes racines (et pas uniquement de les retrouver).

Par ailleurs, le Brésil étant multi-ethnique et très diversifié (physiquement j'ai les cheveux noirs, plutôt lisses, les yeux marron foncé, légèrement bridés, la peau plus foncée qu'un blanc européen mais un peu plus claire qu'un Indien d'Amérique donx difficile de me classer), je n'y vais pas pour rechercher une proximité physique particulière. D'ailleurs, je ne me sens pas physiquement étranger en France :-)

Baptiste
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Re: Renouer avec ses racines

Message non lu par Baptiste » dim. 6 mars 2016 11:21

Je souhaiterais préciser plusieurs points :-)
Lorsque mes parents ont fait le voyage pour m'adopter, ils ont dû rester là-bas 52 jours, en attendant la décision de la Juge. À l'époque, ma mère n'avait pas de travail fixe et mon père était employé municipal. Ils y ont donc laissés toutes leurs économies. Par ailleurs, il y a eu l'adoption de mon frère, toujours au Brésil, quatre ans plus tard. Nous sommes restés un mois au Brésil cette fois-ci (j'avais 5 ans et j'en ai gardé quelques souvenirs, fort heureusement) ;-) Ceci explique que nous n'y soyons pas retournés par la suite, par manque de moyens (sans parler des études, etc.).

Concernant ma mère biologique, la Juge a essayé dans un premier temps de me confier à ma grand-mère (car ma mère, malade, avait perdu - ou risquait de perdre - son travail). Financièrement, cela n'a pas été possible, car cela aurait fait au total 6 enfants à nourrir (car il n'y avait pas que les enfants de ma mère). Pour mon bien et pour celui de toute la famille, il a donc été décidé qu'il fallait me faire adopter. Il s'agit donc bien d'un acte d'amour.

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