Notre adoption est un echec .

Vos témoignages d'adoption, heureux ou malheureux, d'adoptant ou d'adopté.
ophélie
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Re: Notre adoption est un echec .

Message non lu par ophélie » lun. 22 déc. 2008 18:01

Bonjour à tous,

Je vois que sur ce forum, il y a beaucoup de saints, des gens, qui comme soeur Emmanuelle aime sans attendre rien en retour.

Eh bien, moi je n'en suis pas une, et je pense que les relations humaines sont basées sur l'échange, quel qu'il soit.

Et puis, il y a ceux qui ne demandent rien à leurs enfants, "Mais ils me le rendent bien (pour l'instant!)" Ce sont les mêmes qui parlent de retour.

Lisez bien mes messages, je n'ai rien demandé à Pauline si ce n'est un peu d'amitié et de respect.

Je ne l'ai pas étouffé avec mon amour. Je l'ai respecté. Et puis, au risque de déplaire à certains, aujourd'hui et depuis quelques temps, il faut vraiment que j'aille chercher au fond de moi pour trouver un reste d'amour, s'il existe encore.

J'ai dit que je l'avais attendu avec amour et impatience. Tous les gens qui attendent un enfant l'attendent avec amour et se languissent de le voir. Pourquoi serai-je différente de la plupart des gens.

J'ai essayé d'autres relations que celle d'une mère et d'une fille, mais ça n'a pas marché non plus.

Pauline nous a appelé papa et maman pendant quelques mois après son arrivée. Lorsqu'elle a compris la signification de ces deux mots, elle a cessé de nous appeler. La psy nous a donc conseillé de proposer à Pauline de nous appeler par nos prénoms. C'est ce qu'elle fait depuis plus de 6 ans. (Quand elle ne peut pas faire autrement).

On a essayé et encore essayé....

Je tiens a vous dire également que Pauline entretient les mêmes relations avec mon mari qu'avec moi.
Pourtant, nous sommes bien différents.

Quand à mes blessures d'enfances, à mes traumatismes... Il faut arrêter un petit peu et devenir sérieux.

Pourquoi n'aurai je que des problèmes avec Pauline ?
Pourquoi mon mari a exactement les mêmes ?
Pourquoi n'en ai-je pas eu avec mon fils, mon mari, mes parents...

Je sais que Pauline souffre....

Pour répondre aux personnes qui ont pensé à l'internat, on y avait pensé aussi mais nous n'avons pas les moyens financiers de payer une pension à Pauline.
Comme l'a dit Cloclo, seul le temps changera notre vie et celle de Pauline (bien-sûr), mais quand ?

Je vous souhaite à tous de très bonnes fêtes de fin d'année !

Cloclo
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Re: Notre adoption est un echec .

Message non lu par Cloclo » lun. 22 déc. 2008 22:38

Ophélie je reste en symbiose à 100% avec ce que vous ressentez et exprimez. Vous décrivez parfaitement ce que nous avons vécu comme tant d'autres familles dans cette situation.

Vous écrivez:
"Comme l'a dit Cloclo, seul le temps changera notre vie et celle de Pauline (bien-sûr), mais quand ?

Quand ? Après 8 ans sans aucun contact avec notre fille, nous sommes toujours dans cette attente :cry: Est-ce raisonnable ?

Parfois j'espère, parfois je ne crois plus à rien et j'essaie de faire une croix sur cette aventure de l'adoption.

Personne ne peut se mettre à notre place. Mais nous avons notre conscience pour nous et les "conseilleurs", même si leurs intentions sont charitables, sont souvent à côté de la plaque.

Enfin, seul l'avenir de l'enfant compte et le temps dira quelle part nous y avons pris !

SANPA12
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Re: Notre adoption est un echec .

Message non lu par SANPA12 » mar. 23 déc. 2008 12:58

Ophélie,
Vous avez décidé de faire part de votre souffrance sur un forum, et je trouve que c'est une bonne et belle démarche.
Votre témoignage a suscité beaucoup de témoignages. Beaucoup sont 100% compatissants.
Comme vous pouviez vous y attendre, certains dont je suis se permettent de vous faire part de points qui les interpellent.
Je ne suis ni un sain ni mère Thérésa (je trouve très important de ne pas confondre humanitaire et adoption d'ailleurs), mais je maintiens que cette phrase (comment un enfant "sortant" d'un orphelinat malgache peut-il faire des caprices ?) m'interpelle et me choque à double titre :
D'une part, je ne vois pas pourquoi ces enfants ne feraient pas de caprices. Mais sûrement avez-vous une bonne raison que je ne vois pas ? Merci de m'en faire part.
D'autre part, je n'aime pas du tout l'expression "sortir d'un orphelinat" : elle me heurte. Je ne me vois pas employer ce terme pour parler de nos deux enfants adoptés en fratrie à Madagascar à l'âge de 3 et 5 ans. Ils ont vécu un an en orphelinat avant notre retour avec eux en France.
Je ne suis ni un donneur de leçon, ni un sain, je voulais simplement me contenter de vous faire part d'un point qui n'est pas du tout un détail pour moi.
Je prends part à votre souffrance et je vous encourage à continuer à parler comme vous le faites, car cela est réparateur.
Sanpa12.

ophélie
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Re: Notre adoption est un echec .

Message non lu par ophélie » mar. 23 déc. 2008 13:49

Bonjour sanpa, Je pense que vous vous arrêtez trop au vocabulaire.

J'ai un enfant qui sort de mon utérus, et une autre qui sort d'un orphelinat Malgache. Si c'est cela qui vous choque, j'aurai pu dire que Pauline venait d'une maison pour enfants orphelins de Tamatave !!!
Ou est la différence ?
C'est vrai que l'on ne dit plus vieux mais personnes âgées, on ne dit plus aveugle mais non-voyant ...

D'autre part, je n'ai pas compris que Pauline dès son arrivée puisse faire des caprices. il me semble que le caprice est réservé a l'enfant gâté mais je me trompe peut-être. Et peut-être effectivement que le mot caprice n'est pas approprié. D'ailleurs, j'ai pris le soin de mettre le mot caprice entre guillemets.


Bonjour à vous Cloclo et merci,
En vous lisant, je devine votre souffrance et je sais que c'est ce que l'on a en commun.

isdepenf
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Re: Notre adoption est un echec .

Message non lu par isdepenf » dim. 28 déc. 2008 12:34

Bonjour Ophélie,

Je vous invite à lire -si ce n'est déjà fait- le livre de Barbara Monestier "dis-merci":très éclairant!

:-)

SANPA12
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Re: Notre adoption est un echec .

Message non lu par SANPA12 » lun. 29 déc. 2008 11:34

Bonjour,
Effectivement, j'attache beaucoup d'importance au mots employés et à ce que l'on dit à nos enfants. Pour moi, chaque mot compte.
Je pense que c'est particulièrement important lors de l'adoption de "grands" enfants, en tout cas d'enfants en âge de parler.
Deux exemples :
Le premier vient de la psy qui nous a accordé l'agrément, avec qui nous avons sympathisé. Elle est également en charge des nouveaux-nés nés sous X. Elle a dû intervenir un jour dans une maternité, auprès d'un nouveau-né né sous X qui refusait de s'alimenter, qui se laissait mourrir. Elle lui a tout simplement parlé pour lui expliquer sa situation, et il a immédiatement accepté de s'alimenter.
Le deuxième exemple vient de notre propre expérience : Lorsque nous sommes arrivés en France avec nos deux enfants adoptés en fratrie, le garçon (le petit, qui avait trois ans) était sujet à des terreurs noctures (pleurs alors que l'enfant dort encore), ce fut épuisant pour nous et probablement très douloureux pour lui. Pour le rassurer, tous les soirs, nous lui disions des mots apaisants du type : "Voilà, c'est maintenant l'heure de dormir, tu vas faire un gros dodo dans TON lit, dans TA chambre, A COTE de papa et maman, TA maman et TON papa qui t'aiment beaucoup, POUR TOUJOURS".
Or, nous négligions sa soeur (5 ans à l'époque). Elle dormait très bien et se comportait également très bien (sans que nous y soyons pour rien puisqu'elle venait d'arriver). C'est juste qu'elle avait accepté la situation grâce, je pense, à une bonne préparation opérée par le personnel de l'orphelinat de Tana. Elle dormait bien et se comportait normalement, donc, mais son comportement a changé très vite dès que nous lui avons également parlé, le soir, à l'endormissement, comme à son frère. On a tout de suite senti l'affection (je ne parlerai pas d'attachement, je ne suis pas psy) qu'elle nous porte monter très rapidement.
Parler, dire les mots qui nous semblent justes, bien les peser tout en restant naturel et spontané, cela me semble absolument impératif.
Bon courage et bonne chance à toute votre famille.
Sanpa 12

devika
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Re: Notre adoption est un echec .

Message non lu par devika » sam. 3 janv. 2009 09:16

isdepenf a écrit :Bonjour Ophélie,

Je vous invite à lire -si ce n'est déjà fait- le livre de Barbara Monestier "dis-merci": très éclairant!

:-)
La fille adoptée et la mère adoptante.

"Ce n'est pas simple l'adoption. C'est même un sujet complexe, et l'on retient surtout des informations publiées régulièrement dans la presse ou dans les reportages télévisés la difficulté d'obtenir le droit d'adopter. Mais après ? Oui, après, comment cela se passe-t-il ? Comment réagissent les principaux concernés : les enfants adoptés et leurs parents. Comment vivent-ils cette nouvelle vie ? Sur ce sujet, peu de curiosité. Or voilà qu'une jeune fille apporte sa réponse. Elle a 25 ans. Elle s'appelle Barbara Monestier et publie son témoignage : Dis merci ! Tu ne connais pas ta chance d'avoir été adoptée... (éditions Anne Carrière).

On ne le lit pas pour son style, mais pour comprendre son désespoir, ce sentiment d'arrachement. Car autant le dire tout de suite : Barbara Monestier, tout au long de son enfance et de son adolescence, n'a pas été bien. Elle a vécu son adoption, à l'âge de 4 ans, comme un enlèvement et a ressenti un vide terrible. Elle était chilienne. Elle est devenue française. Les pattes de poulet qu'elle rongeait avec délice lui manquent définitivement : "Nous étions des pouilleux, mais peu importait, nous étions heureux." Elle aimait sa vie, et se retrouve dans une adorable robe à smocks. Trop de cadeaux, trop d'attention. Tout lui semble en trop.

De ce choc, elle mettra bien une vingtaine d'années à se remettre. Durant tout ce temps, elle ressent des bouffées de haine, habitée par l'envie de fuir, de disparaître, de s'évaporer. Elle se cache, hurle, se roule par terre, se déteste, se méprise. "Envie de néant, envie de mort." Ses parents s'épuisent, désespèrent. Sa mère, qu'elle traite systématiquement de "vieille mégère" , se braque. Son père se résoud parfois à prendre ses distances.

Elle-même s'éloigne dans des pensionnats. A l'âge de 20 ans, elle veut se suicider et demande finalement à entrer dans une maison de santé. De ce long parcours cruel, elle ressort éprouvée et convaincue de la nécessité de se rendre au Chili. Ce n'est que là, après avoir pu rencontrer sa mère biologique et lui avoir parlé, qu'elle renaît et décide finalement d'adopter ses parents. Son père attentif, qui se rappelle la petite fille de 4 ans qui s'était plantée devant lui en déclarant : "Me llamo Barbara Reyes" ("Je m'appelle Barbara Reyes") . Sa mère, cette femme d'affaires si belle, si élégante, aux émotions retenues.

On referme le livre et on se demande : qu'en pensent-ils ? Oui, que peuvent bien penser des parents adoptants ? Et l'on se souvient alors d'un autre livre, paru au début de l'année. Le témoignage d'une mère justement. Le récit d'une longue descente aux enfers du genre : "moi, mère adoptante adorante, rejetée et reniée par son enfant". Le livre puissant, sans concession, d'Evelyne Pisier, agrégée de droit public et universitaire (Une question d'âge , Stock).

Après la version d'une fille, la version d'une mère. Le choc de deux vérités subjectives. Deux vérités vécues, ressenties, remâchées. Deux révoltes qui oscillent entre amour et rejet. Car on découvre chez Evelyne Pisier l'envers, ou l'autre réalité. Et d'abord le témoignage précis de ce que peuvent être, aujourd'hui, la quête d'un enfant, la prospection difficile, humiliante, par laquelle il faut passer pour enfin pouvoir adopter. L'étape française, avec la constitution d'un dossier, l'enquête de la Ddass, les visites et les questions d'une assistante sociale, l'accord d'un psy. Et puis l'étape étrangère, au Chili encore, avec là aussi une longue course d'obstacles qui se termine par une visite médicale obligatoire à l'ambassade de France et les bougonnements insanes du médecin : "Les métèques, vous les trouvez mignons quand ils sont bébés. Attendez qu'ils grandissent, ils vous dégoûteront. Et d'ailleurs, cette rasta supportera-t-elle que ses parents soient blancs ? Le racisme, ça fonctionne dans ce sens-là aussi... Et la prostitution, peut-être qu'elle l'a dans le sang ?"

Ce n'est que le début. Car, après le bonheur pur, l'extase de pouvoir couver et adorer cette petite fille, après quelques années enivrantes d'inconscience et d'égoïsme, se profile la sanction. Et, là, le livre d'Evelyne Pisier décrit à la perfection la chute, le rêve fracassé. Un pêle-mêle d'inquiétude, de déception, de douleur et d'angoisse. Avec des rémissions et des phases purement cauchemardesques.

Cela commence tôt. Le bébé entre en dépression. C'est le début d'une pavane chez les psys, voyage glauque et sans avenir. Puis l'enfant casse systématiquement tous ses jouets, les dépiaute, les éventre. Puis la jeune adolescente connaît l'échec scolaire. Dans une famille d'intellectuels (dans le roman, la mère, universitaire, occupe de hautes fonctions au ministère de la culture ; le père exerce de hautes responsabilités au ministère des affaires étrangères), cela passe mal.

Mais ce n'est rien, car bientôt cette mère découvre avec horreur chez sa fille une vulgarité qu'elle abhorre, un recours au vol à l'intérieur du cercle familial (carte de crédit, portable), sacrilège, et un goût de la manipulation qui la laisse interdite. Sa fille parvient à dresser son compagnon contre elle, et vice versa. Elle l'accapare, le drague. Jeu pervers. Jeu violent. La fille à son père, parlant de sa mère : "Elle va pleurnicher, celle-là, faire la victime comme d'habitude, elle ne sait faire que ça ! Papa, tu ne trouves pas qu'elle est pire que Le Pen ?" Non seulement elle fugue, mais elle se drogue. Elle leur rend la vie impossible. Elle se venge, avec un sens du théâtre, de la disparition et de la réapparition confondant.

Mais, là aussi, la fin du récit rachète en partie les années de cauchemar. De quoi ne pas désespérer."


Ecrit par Laurent Greilsamer dans Le Monde.

Cloclo
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Re: Notre adoption est un echec .

Message non lu par Cloclo » mer. 14 janv. 2009 22:34

Vous pouvez aussi voir la bande annonce et des extraits du documentaire : " De l'enfant rêvé à l'enfant réel" sur ce site

http://www.negrelli.fr/

devika
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Re: Notre adoption est un echec .

Message non lu par devika » mar. 17 févr. 2009 09:28

Je désire apporter mon témoignage en tant que maman de deux enfants adoptés, officiellement adultes depuis quelques années, et souffrant de troubles de l’attachement.
Les troubles de l'attachement: "enfant velcro", "enfant sumo", "enfant solo" : quel devenir à l'âge adulte ?

http://www.psytoyens.be/temoignages/les ... ttachement

apy
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Re: Notre adoption est un echec .

Message non lu par apy » sam. 21 févr. 2009 16:12

Ophélie, nous vivons la même situation que vous. Nous avons adopté une petite fille, également de Tamatave, qui est arrivée chez nous à 6 ans et en a maintenant 14. En lisant votre premier message, nous avons l'impression que nous aurions pu l'écrire nous-mêmes. Il n'y a jamais eu d'attachement, malgré tous nos efforts et notre patience, et progressivement sont apparus les comportements que vous mentionnez : refus des limites et des règles, mensonges, manipulations, vols, insultes, violences... Le fait de savoir que son passé peut expliquer tout cela - comme on nous l'a suffisamment répété - ne change rien à la douleur provoquée par son comportement. Six ans après son arrivée, son attitude était proche du harcèlement, surtout vis-à-vis de sa mère, et est devenue insupportable. Nous avions l'impression qu'elle s'engageait dans une attitude de destruction et d'auto-destruction.

Depuis presque un an, elle est en famille d'accueil. Son père continuait de la voir régulièrement au début. Les premiers mois, elle semblait s'apaiser mais depuis quelque temps, elle a la même attitude envers la famille d'accueil qu'envers nous. Nous avons même l'impression que la crise s'aggrave : les résultats scolaires sont catastrophiques, les relations avec son père se sont tendues et ses visites s'espacent.

Nous avons longtemps été très isolés : les 3 pédo-psychiatres et psychologues consultés ne nous ont pas été d'un grand secours, un groupe de parole de EFA est resté dans le déni de nos problèmes, les services sociaux ont mis beaucoup de temps à admettre la gravité de la situation, les amis et la famille ont eu du mal à comprendre comment nous en étions arrivés là.

Maintenant, nous culpabilisons moins parce que nous comprenons mieux ce qui se passe, parce que nous avons pu échanger avec d'autres familles dans la même situation que nous et parce que nous nous faisons aider par des psychologues. Malgré cela, la situation reste difficile à vivre.

Aujourd'hui, du fait de la séparation, la vie quotidienne s'est apaisée pour nous, nos deux autres enfants et même - pendant un moment au moins - pour notre fille. Mais nous restons inquiets pour l'avenir. Il nous semble cependant que la séparation a été la décision qui nous a tous sauvés. Cela n'a pas résolu tous les problèmes, mais nous ne regrettons pas le choix que nous avons fait.

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